Il y a un an tout pile, je dressais la liste des assiettes que j’avais aimé manger en 2024. Comme une nouvelle tradition, me voici au coin de la même cheminée familiale pour refaire le film de mon année culinaire. Très peu de grands restaurants à l’affiche mais des produits de saison, des recettes simples et des mains familières ont œuvré à la préparation des plats dévorés. Parce que c’est comme ça que j’ai appris à manger : pour me rappeler, pour m’éveiller, pour me réconforter, pour m’entourer (rayer la mention inutile). Et 2025 ne fait pas exception.
Janvier : La galette des Rois azuki de La Gambette à Pain (Paris 20)

Je viens d’une région où la galette briochée est légion. Pourtant, petite, je préférais me ruer sur la version frangipanée. Je n’avais d’yeux que pour la pâte feuilletée bien beurrée et la crème d’amandes onctueuse. À deux pas de chez moi, un boulanger de quartier en fait une version à l’azuki, un haricot rouge venu du Japon. Un twist, comme on dit dans le milieu, qui m’a fait accepter de bousculer (un peu) les traditions.
Février : La soupe de nouilles au poulet croustillant de Nouilles Dansantes (Paris 08)

Comme un phare dans la nuit, les soupes de nouilles ont le don de me réchauffer le corps et l’esprit quand l’hiver bat son plein. Et il y en a pléthore dans la Capitale. Un bouillon clair, du poulet croustillant et des gouttes d’huile pimentée m’ont fait revenir aux Nouilles Dansantes plus d’une fois. Ça doit être bon signe, quand même.
Mars : Le Panais et le Dashi du Lucé (Sarthe)

Au printemps, je me suis installée dans la salle à manger originelle du Château du Grand-Lucé. À la carte ? Une « approche subtilement moderne » (sic) de la gastronomie française, inspirée du potager du parc. Mes compagnons de tablée ont été déboussolés par ladite modernité, moi je me souviens encore des panais travaillés comme une charcuterie et associés à des saveurs nippones.
Avril : La glace à l’angélique du parc « Les oiseaux du Marais Poitevin » (Deux-Sèvres)

Depuis quelques années, mes vacances de Pâques sont consacrées à une escapade familiale. Cette année, c’est le Marais Poitevin qui a remporté les suffrages. Si notre venue dans la région m’a fait d’abord grimacer, je suis repartie avec une nouvelle saveur à mon herbier : l’angélique, une plante aromatique emblématique du terroir depuis le Moyen Âge. Un goût doux et végétal, proche de la menthe, qui se prête parfaitement à la confection de sorbet.
Mai : La tartelette aux Noisettes de Nath, poivre de Malabar et Puxuri de Jessica Préalpato (Festival Taste of Paris)

Grande messe des food lovers, Taste of Paris peut se ressembler d’une année à l’autre. Malgré tout, l’édition 2025 m’aura permis de goûter à la pâtisserie désucrée de la cheffe Jessica Préalpato et au puxuri par la même occasion, une graine aromatique amazonienne aux notes de clou de girofle et d’anis étoilé.
Juin : Le poulet pané des copains (Paris)

Quand un lundi de Pentecôte travaillé, les copains proposent du poulet pané maison pour le déjeuner, on dit oui. On jette un œil en cuisine en arrivant pour les regarder tremper généreusement les morceaux de volaille dans la chapelure panko, on met les pieds sous la table et on profite sans bouder son plaisir. La légende dit que le reste de la journée a été beaucoup moins productif. Lundi de Pentecôte à demi travaillé, donc.
Juillet : Les coquillages en persillade de Colette (Saint-Coulomb)

Consciente d’avoir payé autant la vue sur la plage des Chevrets que le contenu de mon assiette, je n’ai pourtant pas fait la fine bouche quand il a fallu s’installer chez Colette pour le dîner. Sur le chemin du GR34, avec déjà plus de 70 kilomètres dans les pattes, j’ai dévoré ce shot d’iode, le beurre Bordier et les salicornes qui allaient avec sans moufter. Marcher plus pour manger plus, mon nouveau crédo.
Août : Les figues du jardin familial (Sarthe)

La Direction ayant mis les voiles pour des vacances bien méritées, me voilà gestionnaire des arbres fruitiers de la maison de famille en pleine saison. Panier sous le bras, je me suis perdue sous les branches lourdes du figuier, je me suis battue avec quelques guêpes qui avaient flairé le bon tuyau et les fruits de ma récolte ont fini autant dans mon estomac que dans la bassine à confiture en cuivre.
Chronique d’un été
à la campagne
La poussière des chemins de terre et le parfum des figues mûres, voilà comment ont commencé mes vacances. Fin juillet, j’ai pris le train depuis Paris en direction de ma Sarthe natale pour y passer une partie de mon été.
Septembre : Le figuier co-pâtissé avec William’s Kitchen (Vincennes)

Irrégulière pâtissière à domicile, la bonne élève que je suis a religieusement suivi les conseils de William’s Kitchen lors d’un cours animé à Vincennes. En trois heures, j’ai accouché d’un figuier, dont j’ai fièrement annoncé la naissance sur le groupe WhatsApp familial, telle la nouvelle prunelle de mes yeux. Sitôt pâtissé, sitôt englouti, maman comblée.
Octobre : Les assiettes à partager de chez Goûte (Paris 02)

Grande sceptique des « tapassiettes » qui m’ont souvent laissé sur ma faim (encore plus celles des bars à vin et autres caves à manger), j’ai été prise la main dans le sac rue Mandar. Ce jour-là, il y avait surtout des tranches de radis dont je n’ai fait qu’une bouchée. Goûte m’a fait admettre qu’il ne faut jamais dire plus jamais.
Novembre : Les croquettes mimolette de BierBuik (Lille)

Pour mon premier passage à Lille, je n’avais qu’un chef en tête : Florent Ladeyn. Défenseur du terroir flamand, il le met à l’honneur partout où il s’installe. Dans un même lieu, la version streetfood généreuse de BierBuik au rez-de-chaussée côtoie la version estaminet du Bloemeke au premier étage. Et bien évidemment, je n’ai pas résisté à manger à tous les étages. Du maroilles béni pour la novice que j’étais.
Décembre : Le beurre blanc de Papa Gilouppe (Sarthe)

Entre deux repas de Noël, j’ai quémandé une sauce beurre blanc quand on m’a dit que du cabillaud était prévu au menu. Apprise pendant le CAP Cuisine il y a une cinquantaine d’années, appliquée au fourneau du restaurant familial dans les années 80, la technique du paternel n’a pas bougé.
La fierté de la maîtriser encore après des années, non plus.

