L’année s’achève et dans son sillage, une galerie de téléphone alimentée de photos plus ou moins bien cadrées des assiettes que j’ai ingurgitées tout au long de l’année. Soyez rassuré, loin de moi l’idée d’immortaliser tout ce qui passe sous ma fourchette pour influencer une quelconque communauté. Malgré tout, elles ont le bon goût de me rappeler ce qui m’a mis en appétit cette année.
Voici donc ce que j’ai aimé manger en 2024 : 12 mois, 12 adresses, 12 plats de Paris à Lisbonne, en passant par le Loiret. Magnéto.
Janvier : le poulet yassa du Bistrot Père (Paris 20)

Niché dans la petite avenue du Père Lachaise — 138 mètres au compteur –, le Bistrot Père est sorti de terre fin 2021. Il n’a pas fallu longtemps à ce nouveau-né pour conquérir l’appétit débordant des locaux, avec les codes du classique et tant adoré bistrot parisien. Sourire au service, l’équipe en salle navigue entre les tables qui se remplissent vite à l’heure du déjeuner. Et pour cause, la formule midi allèche les babines. Au menu ? Un joyeux mélange d’assiettes, teintées de saveurs africaines — merci au patron sénégalo-guinéen qui apporte sa patte à la cuisine.
Février : la pastilla de bœuf des Canailles (Paris 20)

À deux pas du bruyant boulevard Ménilmontant, Les Canailles ont pris leurs (nouveaux) quartiers en 2017. Après avoir conquis le sulfureux coin de Pigalle, le chef Sébastien Guillo – formé au Crillon – prend l’assaut de la colline de Ménilmuche où il fait équipe avec Emmanuel Chaignon — un habitué des belles salles, du Normandy Barrière à Matignon. En misant sur ce que la saison fait de bon, le chef imagine une ardoise hebdomadaire qui met tout le monde d’accord — une entrée, deux plats, un dessert.
Mars : le poisson grillé de Grão D’Areia (Lisbonne)

Pour manger de ce “grain de sable” là — grão d’areia en portugais –, il faudra emprunter le célèbre pont du 25 avril. De l’autre côté, Grão D’Areia s’est donc installé sur l’une des longues plages qui bordent l’Atlantique. Les pieds dans le sable, commencez par becqueter une assiette de palourdes au beurre citronné. Puis, attaquez-vous au poisson grillé. Morue, bar, daurade, sole, sardines… Tarifés à l’unité ou au kilo, les poissons sont servis entiers, avec pommes de terre et crudités, en toute simplicité.
Avril : la brioche feuilletée à la cannelle d’Alexandre Couillon (Noirmoutier-en-l’Île)

À défaut d’avoir pu m’attabler dans l’un de ses deux restaurants insulaires — La Marine gastronomique et La Table d’Élise bistronomique, j’ai croqué dans du Couillon grâce à la petite épicerie fine que le chef étoilé à ouvert à côté du gastro : Le Petit Couillon. Les étagères sont remplies de produits du coin et les vitrines regorgent de pains, viennoiseries et pâtisseries en tout genre. Loin d’être obligé, ce passage locavore vaut le détour pour (se) faire plaisir.
Mai : le poulet rôti chez Papa et Maman (Sarthe)

Grand classique des déjeuners dominicaux, la table familiale (la meilleure de Sarthe à mon goût) ne fait pas exception à la règle. Si ce n’est que, chez nous, le poulet rôti joue les prolongations tout au long de la semaine. Je profite donc des ponts pour passer une tête à la campagne et planter la fourchette dans l’un des plats signatures de la Reine Mère. Toujours accompagné de pommes de terre confites dans la graisse de ladite volaille et de la traditionnelle poêlée de haricots verts – du jardin, sinon rien.
Juin : le maigre confit de Ploc (Paris 20)

Le 20e arrondissement est le plus bel endroit sur terre. Ou du moins, de Paris. Je n’y vis que depuis trois petites années et pourtant, je le défends bec et ongles à la moindre occasion. Dans ma besace d’arguments, il y a surtout des endroits où il fait bon boire et manger. Comme le bistrot de quartier Ploc, du côté de Saint-Blaise. Si son sobriquet fait référence au doux son d’une bouteille débouchée, les bonnes surprises ne s’arrêtent pas au verre. L’assiette y est tout aussi gouleyante, et la formule du déjeuner particulièrement charmante. Ce jour-là, le maigre était confit et les haricots verts faisaient équipe avec des olives de Kalamata.
Juillet : le poisson du jour du Petit Panisse (Paris 11)

Preuve que la saison bat à plein régime, le Petit Panisse choisit aussi les haricots verts – cette fois-ci poêlés avec des cerises – pour donner la pêche à son poisson du jour. Aux commandes des fourneaux de cette adresse devenue un passage obligé dans le quartier, le chef Alberto Rebolledo apporte sa subtile touche mexicaine aux classiques bistrotiers – comme il le faisait déjà aux Ventrus sur le canal de la Villette. Salle différente, mais même ambiance donc.
Août : la merida chez Filakia (Paris 02)

Aux prémices du Grand Café d’Athènes, rue du Faubourg Saint-Denis, il y a Filakia – le Petit Café d’Athènes donc. Depuis une dizaine d’années, l’adresse assure le service midi et soir à grands coups de street food grecque. Sur place, les meridas servies à l’assiette sont chaleureusement garnies de viande, poisson ou beignets de légumes au choix et accompagnées de tout ce qui goûte la Grèce (pita, feta, tzatziki). À emporter, le tout est emballé dans la traditionnelle pita.
Septembre : les linguine aux coquillages chez Valma (Paris 10)

Si vous rêvez de prolonger l’été, Valma se charge de vous mitonner une escapade provençale sans bouger du canal. Aux commandes, un duo amical qui se partage le sucré et le salé, après être passé chacun de leurs côtés par les plus gros bonnets (Alain Ducasse, Akrame, Cédric Grolet pour ne citer qu’eux). Le lieu se prête aux retrouvailles entre copains, pour conter vos aventures estivales ; tout comme la carte qui fait la part belle à tout ce qui se partage, de l’apéro aux pièces des viandes. Je laisse mes compagnons de tablée s’en charger, pendant que je nage en solo vers les linguine aux coquillages. Joey a raison : le mieux, c’est de ne pas partager (enfin, dans ce cas-là).
Octobre : la gaufre chez Aux Bons Vivres (Yèvre-le-Châtel)

Si vous cherchiez une raison de vous perdre dans le Loiret, Aux Bons Vivres devrait vous convaincre. En plus d’être installée dans un des plus beaux villages de France, cette auberge mitonne des assiettes de saison avec la complicité de la ferme des Trois Parcelles située à quelques kilomètres du resto. La pause goûter ne fait pas exception, comme le prouvent les jolies gaufres en épi de blé, réalisées avec la farine et les œufs de la ferme notamment. Allez-y (et je ne dis pas ça parce que je connais l’équipe aux fourneaux, quoique).
Novembre : le petit salé aux lentilles du Bougainville (Paris 02)

Collé à la galerie Vivienne, Le Bougainville coche toutes les cases du bistrot typiquement parisien pur jus. Banquettes rouges, formule au bar, effervescence midi et soir. Côté carte, pas de surprise, on prend les mêmes et on re-commande : œuf-mayo, andouillette, chou farci, fontainebleau… Ce midi-là, l’ardoise du jour reprend le classique petit salé aux lentilles, joliment servi. Si vous êtes dans le quartier, vous pouvez vous y arrêter les yeux fermés. Je crois bien que même le pape Gaudry s’y est déjà attablé.
Décembre : les arancini de La Colline (Paris 20)

Pour finir l’année en bon-té, je joue (encore) à domicile. À deux pas de chez moi, La Colline me faisait les yeux doux depuis un moment. Dans ce (bon) coin de rue, la devanture tout en bois laisse présager une chaleureuse ambiance. Bien vu ! En journée, les grandes baies vitrées inondent la salle de lumière. En soirée, ce sont les bougies qui réchauffent l’ambiance. Une carte courte comme on aime, une formule déjeuner et dîner qui vaut le détour et des arancini que j’ai boulottés sans modération.
Vivement l’année prochaine !
